Avez-vous déjà vu ces vidéos qui vous vendent la sécurité en montrant un cheval, souvent tête basse, parfaitement immobile, qui attend une simple indication pour obéir aux doigts et à l’œil, sans aucune forme de résistance ni seconde d’hésitation ?
Elles vous font rêver ? Enviez-vous ce calme absolu du cheval à qui ont peut faire claquer une chambrière au-dessus des oreilles sans qu’il ne bouge d’un poil ?
Parce que moi, je me sens tellement triste quand je les vois …
Elle me rappelle le chemin parcouru (et celui qu’il reste à parcourir) pour permettre aux chevaux d’exprimer qui ils sont vraiment dans notre relation humain-cheval.
« Le cheval qui utilise l’obéissance comme mécanisme adaptatif pour s’extraire d’une situation d’apprentissage source de tension est sujet aux mêmes risques pour sa santé; ces chevaux obéissent tellement bien et sont maintenus dans un tel état d’obéissance, qu’ils risquent également de devenir dépendant du cavalier au point de tomber dans un état de résignation acquise. Ils ne savent plus se débrouiller par eux-mêmes. Dire du cheval qu’il a besoin d’un leader et qu’il est content de nous suivre n’est pas un argument pour le rendre dépendant de nous ou le maintenir dans cet état. Un leader peut également choisir de donner aux personnes ou aux animaux dont il a la responsabilité de la liberté et la possibilité de choisir. » Rachaël Draaisma
Le monde du cheval ment sur ces méthodes douces
J’ai écrit, il y a trois ans, un article sur mes désaccords avec les méthodes de l’équitation éthologique, et sur l’impuissance acquise trop souvent obtenue.
Je n’ai pas vraiment le sentiment que la prise en compte de la résignation est beaucoup avancé depuis …
Le monde du cheval est encore assez persuadé que si tu ne prend pas un bâton pour taper sur ton cheval, si tu ne lui plantes pas des éperons dans les flancs, ou si tu ne lui casses pas les dents à grands coup de pelham, alors tu peux considérer ta méthode comme respectueuse …
La proposition reste la même : tu veux que ton cheval obéisse mais sans le casser physiquement ? Alors casse le mentalement.
Si la proposition n’est pas de comprendre pourquoi votre cheval a un comportement indésirable, mais seulement de faire disparaître ce comportement, alors vous êtes sûr de finir avec un cheval résigné …
Il me semble pourtant pertinent en 2026, de ne plus se contenter de parler de respect dès qu’il n’y a plus de violences physiques …
Le bien-être et le respect de l’autre, ce n’est pas seulement l’absence de douleurs !
J’ai le sentiment, confirmé par une de mes dernière lecture (Ethique équestre : peut-on encore monter à cheval ?), que le monde équestre refuse de se poser la question qui change tout : La domination est-elle vraiment la seule proposition que nous ayons pour les chevaux ?

« Si nous traitions nos enfants comme nous traitons les chevaux, nous leur tiendrions la main tout le temps, peu importe leur âge, et nous leur interdirions de prendre des initiatives, de décider ou d’agir de leur propre chef, y compris à l’âge adulte, car cela constituerait une désobéissance, pour laquelle ils devraient être punis. » Rachaël Draaisma
Dominer son cheval pour assurer notre sécurité ?
Je ne sais pas expliqué d’où nous vient l’idée que contrôler l’autre, assure notre sécurité : mais force est de constater que l’idée est bien ancrée.
Même chez les cavalièr.es qui sont en recherche de faire mieux (ou au moins, différemment), j’observe que la peur monte dès qu’il est question de relâcher la longe ou de prendre les rênes à la couture…
Laisser la liberté de choisir à notre cheval est souvent synonyme, inconsciemment, de se confronter au chaos total d’un animal sans limite.
Comme si la vie était binaire : soit tu domines, soit tu es dominé.e …
« Apprendre à son cheval à se gérer par lui-même ne signifie pas abandonner notre responsabilité. Comme avec les enfants, il s’agit de créer un cadre dans lequel le cheval peut apprendre et agir de manière indépendante. » Rachaël Draaisma
Permettre aux chevaux d’être des chevaux
Pourtant, dans mon quotidien, c’est bien le contraire que j’observe : moins je cherche le contrôle absolu, plus je suis en sécurité …
Plus je laisse mon cheval exprimer ses besoins, moins il a besoin d’être intense dans sa communication.
Par exemple, si je lis ces signaux de stress quand on s’éloigne du troupeau, et que je fais demi-tour avant de dépasser ses limites, il n’aura pas besoin de m’arracher la longe pour rentrer. Et nous pourrons aller quelques mètres plus loin la fois suivante, parce qu’il aura confiance dans ma capacité à écouter.
Plus je permet à mon cheval d’appréhender le monde selon sa perception, moins ses réactions sont dangereuses.
Par exemple, si je lui laisse la liberté de bouger sa tête et son encolure, il ne fera plus d’écart parce qu’il a pu voir, sentir, entendre et donc localiser, ce qui aurait pû l’inquiéter.
Moins je cherche l’obéissance, plus je fais place à la discussion, à la coopération.
Plus je fais passer la relation avant le résultat, et plus je crée de la sécurité.
Mais je ne crée pas seulement de la sécurité : j’assure aussi le bien-être de mon cheval en lui permettant d’être plus autonome, plus libre, plus indépendant
(Malgré les conditions de domestication – mais je garde ce sujet pour une prochaine fois)

Résignation ou coopération : un choix de relation humain-cheval éthique
La résignation, ça fonctionne très bien. Qu’elle soit obtenue avec ou sans violence physique, elle vous assure effectivement une forme de sécurité.
Le cheval résigné ne prend plus de décision, il est parfaitement malléable, obéissant, jamais résistant.
Le cheval résigné est en état dépressif.
(Soyons honnête, notre société à déjà du mal à prendre en compte la santé mental des humains. Alors est-ce vraiment étonnant qu’elle soit ignorée pour les animaux non-humains ?)
Le principal risque, c’est de raté la résignation, d’avoir un cheval avec « trop » de caractère. Alors il devient agressif, dangereux, imprévisible.
Peut-être reconnaissez-vous les deux profils habituels de chevaux de club :
> Le cheval de débutant, à côté duquel on peut faire exploser une bombe sans qu’il ne bouge une oreille, et pour lequel il faudra user d’un nombre infini de coup de talon pour espérer une foulée de trot …
> Le cheval des cavaliers plus avancé, qui envoie son cavalier au sol une séance sur deux, qui a besoin d’être « recadré » quand on le selle si on ne veut pas prendre un coup de dent, etc.
D’un côte, le cheval résigné, sécure parce que vide à l’intérieur.
De l’autre, celui qui a « refusé » la résignation et qui devient intéressant parce qu’il faut être « bon » pour gagner la lutte contre lui.
(Ou alors qu’on vous conseille de vendre parce qu’on ne fera jamais rien de bon avec …)
Choisir la domination ou la coopération, c’est un choix éthique, moral.
Donc un choix personnel, qui est juste s’il est aligné avec vos valeurs (et la loi …)
Le choix dépend de ce pourquoi nous voulons pratiquer l’équitation :
– Pour faire un sport sans se prendre la tête ?
– Pour assouvir son besoin de contrôle sur un animal de 500kg ?
– Pour créer une relation inter-espèce qui nous fait évoluer en tant qu’humain ?
Pourquoi vous pratiquez l’équitation vous ?
Est-ce que votre relation aux chevaux aujourd’hui ressemble à celle dont vous rêvez ?
Sarah
Ps : Sortir du modèle de relation habituel de la domination, ce n’est pas si simple … Mais promis, on en reparle très bientôt !

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