Equitation éthologique = impuissance acquise ?

Quand je dis que je travaille sans mors et très souvent à pied, on me répond souvent : « Ah ! Tu fais de l’équitation éthologique ! » … Sauf que non !
Cette approche m’a beaucoup nourri enfant, pour me permettre de découvrir autre chose que l’équitation de club. Mais en me documentant et en expérimentant, j’ai été confrontée à plusieurs points de désaccord entre cette pratique et ce que je veux pour mes chevaux !
En voici 6 …

« Il y a deux manières de s’adresser au moral d’un cheval : une qui terrifie, l’autre qui essaie de parler logiquement à son intelligence. » Etienne Beudant

1. Tricher avec l’éthologie, la vraie …

Je ne vais pas rentrer dans le débat de savoir si le terme « éthologique » est approprié pour décrire une équitation : en marketing, on fait ce que l’on peut pour vendre, et ce n’est pas toujours adéquat.
Mais malgré tout, je ne comprend pas que l’on puisse se targuer de s’inspirer de la science du comportement animal sans connaître les signes de bien-être et de mal-être du cheval !

Il suffit de taper « équitation éthologique » dans un moteur de recherche d’image pour voir des signes de mal-être à la pelle !

Nous sommes tous en recherche du meilleur pour nos chevaux, et sur cette route, nous faisons tous des erreurs. Ce n’est pas un problème, évidemment !
En revanche, j’ai beaucoup plus de mal avec le fait qu’on promeuve une équitation comme méthode douce et respectueuse alors que les chevaux montrent le contraire !

Et je ne m’attarderai pas sur les notions de leadership, « laisser gagner le cheval », jeux, etc. qui, bien souvent, sont en contradiction totale avec la réalité des chevaux …

2. Le licol de corde

Outil indispensable et parfois obligatoire de la pratique de l’équitation éthologique, le licol de corde me laisse perplexe …
Le licol de corde est conçu pour être extrêmement inconfortable en cas de pression en agissant directement sur le nerf infra-orbitraire ! Extrêmement inconfortable, c’est une façon polissée de dire « douloureux » !
On me répondra que c’est un outil qui est fait pour être utilisé avec énormément de tact, de timing, de finesse, etc. Sauf que quand le cavalier acquiert ce tact, cette justesse, alors il peut absolument tout obtenir avec le licol plat le plus confortable !

Pour moi, le licol de corde est simplement une façon discrète de faire comprendre au cheval qu’on ne veut pas entendre son NON, qu’on ne veut pas le voir se rebeller contre nos demandes qui ne lui semble pas juste … Un peu comme une muserolle

Pour moi, c’est une première mise en place de l’impuissance acquise : si le cheval tente une rébellion contre des demandes inappropriées, la douleur le ramène aussitôt dans le rang, de sorte qu’il oublie rapidement l’idée de s’exprimer.

3. Travailler en espace restreint

Le domaine vital des chevaux s’étend sur 100 à 8000 hectares. Sur cette surface, ils vivent en groupe familiaux pour assurer leur survie en tant que proie.
Si nos chevaux modernes ont appris à évoluer parfois seul et sur des surfaces plus restreinte, il n’est cependant pas normal ni confortable pour eux d’être dans un rond de longe de 20m de diamètre !
Pire encore quand ce rond est entouré d’immenses murs qui coupent complétement le cheval du reste du monde.

Si la méthode est douce et respectueuse du cheval, alors pourquoi ne pas travailler dans un espace plus grand ? Si la méthode est douce est confortable, alors le cheval restera près de nous, non ?

Rendre la fuite impossible, et même inenvisageable, c’est exactement la définition de l’impuissance acquise

4. Liberté conditionnelle

J’en parlais dans l’article de la semaine dernière : oui, je rêve de liberté avec mes chevaux. Mais pas si c’est pour remplacer la longe par une autre forme de contrôle.

Je ne fantasme pas devant les chevaux qui tournent en liberté autour de leur cavalier alors que lui a cessé d’agir ; je ne fantasme pas devant ces chevaux qui restent à côté de leur cavalier sans rien faire, même pas brouter, pendant que ce dernier discute ; je ne fantasme pas devant ces chevaux qui sont ultra focus sur le stick, au point de ne plus savoir où donner de la tête ; etc.
Parce que la encore, pour moi, le secret de la réussite tient à l’impuissance acquise !

Au moins, avec mon licol, mon cheval sait quand j’agis, quand je n’agis plus, quand il est libre de faire ce qui lui plait, etc. Cela fait surement moins rêver, mais c’est bien plus confortable pour les chevaux que de devoir gérer l’instabilité émotionnelle et le manque de finesse des humains que nous sommes …

5. Ne pas permettre au cheval de fonctionner correctement

Un autre point de désaccord pour moi avec l’équitation éthologique c’est l’absence de prise en compte du fonctionnement correct d’un cheval.
Beaucoup d’exercices sont réalisés avec une cheval complétement à l’envers, encapuchonnée ou en sous impulsion. Beaucoup d’exercices sont anti-mécaniques.

Par exemple, les déplacements de hanches ou d’épaules : c’est ok que les cavaliers débutants exécutent ces mouvements sans se poser de questions, juste pour expérimenter les possibilités de contrôle des membres ou de cession à la pression.
Mais ce n’est pas ok de les répéter tout le long de la vie du cheval sans exigence gymnastique.
Pratiquer déjà par les Anciens, ces exercices préparatoires sont fondamentales à la pratique de l’équitation. Mais pas s’ils sont fait avec un cheval à l’envers et désengagé !

Au bout du compte, on voit beaucoup de chevaux en démonstration qui présente clairement des signes de souffrance physiques dû à une mauvaise gymnastique …

6. Accepter de travailler avec des chevaux qui vivent en box …

Il y a une dizaine d’années, j’étais ravie d’aller écouter Gerd Heuschman lors d’un séminaire à La Cense.
Le séminaire était passionnant, mais les conditions de vie des chevaux dans ce temple de l’équitation éthologique m’a fait déchanter.
A l’époque, les chevaux étaient dans des boxes avec un mini parc extérieur en sable. Ils vivaient seuls, et pouvaient seulement toucher leur voisin par dessus les barrières à l’extérieur.

Comment peut-on dire respecter les chevaux sans se battre pour qu’ils aient une vraie vie de cheval ?!

Et j’entends déjà les « Pas le choix »…
J’invite sincèrement les cavaliers qui travaillent avec des chevaux en boxes, de prendre leur place, juste une journée ! On l’a un peu vécu avec le premier confinement, avec plus ou moins de confort suivant nos situations. Mais je doute que beaucoup apprécierait de vivre ça toute l’année, toute leur vie !
Et encore, nos toilettes ne sont pas au même endroit que notre chambre ou notre salle à manger …

Peu importe si je suis le meilleur cavalier du monde : si mon cheval passe 23h/24 dans des conditions de vie déplorables, il ne peut pas être heureux ni en bonne santé …
Alors de mon avis, il est inconcevable de dire que l’on respecte son cheval parce qu’on le traite correctement 1h/24, mais qu’il n’est pas respecté dans ses besoins fondamentaux le reste du temps !

Comment éviter l’impuissance acquise ?

Cet article ne plaira certainement pas à tout le monde, et on me rétorquera sans doute que l’impuissance acquise existe aussi dans les autres pratiques que l’équitation éthologique …

Je suis parfaitement d’accord !

Je voudrais donc conclure en questionnant comment éviter l’impuissance acquise :
Selon moi, il faut se poser 3 questions :
– Est-ce que mon cheval peut dire non ?
– Est-ce qu’il le fait ?
– Comment je réagis quand il le fais ?

Si mon cheval ne peut pas dire non, si mon cheval ne dis jamais non (pas besoin de grande démonstration, ça peut juste être une tête qui se détourne ou qui s’agite, un pied qui est repris plus vite, un exercice qui est « volé », des rênes arrachées, …) et si je me fâche ou que je crée de l’inconfort -voir de la douleur- quand il le fait, alors il y a probablement impuissance acquise …

Si mon cheval peut dire non, s’il le fait (sans avoir besoin de tout exploser), et si je prend en compte son non pour adapter ma demande, mon exercice, ma pratique, alors je réussis probablement à éviter l’impuissance acquise …

On peut aussi interroger la relation que l’on souhaite avec son cheval. Est-ce que le résultat prévaut sur l’amitié ? Est-ce qu’une belle démonstration à plus de valeurs qu’une complicité réciproque ?

Qu’en pensez-vous ?

2 réflexions au sujet de « Equitation éthologique = impuissance acquise ? »

  1. Ce que j’en pense ?
    De mon point de vue non professionnel.
    Le respect des besoins du cheval est très rarement présent en structure. Éthologique, académique, FFE ou autre. Le mouvement étho a eu le mérite au moins de se pencher sur ce problème mais quand je vois en effet ce terme associé à « pension box/paddock, 35 box, 7 hectares dont un pris par les installations » je doute tout comme vous. c’est un problème qui existe partout dans le monde et pour toute approche du cheval. Problème étant avec le mouvement étho que ça peut donner bonne conscience aux propriétaires.

    Sur les signes de bien-être et de stress on touche là encore à une généralité. Sur cent cavaliers pris au hasard, combien savent vraiment lire leur cheval et faire la différence entre soumission, peur, stress, anxiété, focus sur la friandise et réel moment de partage où le cheval participe? Et combien sont capables ( ont appris) à proposer des choses à leur cheval et à accepter le non ou une autre proposition de sa part? Tout cela en sécurité. Étho ou pas il faut trouver un enseignant qui peut apprendre et c’est pas évident.

    Et chez plusieurs pros que j’ai eu à côtoyer et qui m’ont enseigné (,mais ce n’étaient pas les plus renommés,) la base du travail se résume en effet à apprendre au cheval que c’est l’humain qui décide. Question de sécurité. Ok pour la sécurité mais si c’est à base de soumission ça pètera un jour où quelque chose fera plus peur que nous au cheval. Certains ont trouvé la méthode du clicker… Je teste..avec plus ou moins de bonheur. J’apprécie choisir et varier mes outils et récompenses sans blaser mon cheval.

    Pour le rond … Testé carrière et rond pour démarrer dès jeunes en liberté. Faire comprendre ce qu’on attend à un cheval qui peut fuir en permanence c’est possible mais épuisant. Et la encore ma phrase ne va pas car. De quel droit finalement, attends-je quoi que ce soit ? Bon, et puis pour des chevaux dits « à problèmes » ça reste une grande sécurité.

    Pour la question de l’amitié, je pense que c’est un doux rêve. Au sens humain en tous cas. Une osmose au sens biologique ça peut être que c’est possible. A condition de ne pas monter, de ne pas exiger,…. Sauf si cheval demandeur. Qui a vu un cheval aller chercher sa selle ? Confort/inconfort est plus cohérent. Un cheval qui apprécie les caresses et les gratouilles et qui me suit partout sans « stick to me » préalable … n’est pas mon ami mais a bien compris que je lui apporte un truc sympa.

    Mes idées sont un peu plic-ploc …. Il y a aussi un détail qui fait toute la différence quant à la relation que on peut espérer avoir avec ses chevaux. Outre leur personnalité (et pas horsennality en 4 cases infondées scientifiquement). C’est le fait de vivre avec eux. Pour moi, ça change tout. Je passe plus de temps à tailler les haies et à solidifier mes piquets qu’à améliorer mes techniques équestres mais … Tous ces petits riens, ces petites interactions qui semblent anodines construisent un cadre, un quotidien que je rends le plus agréable possible pour tout le monde et j’en vois les bénéfices. Je peux « travailler » avec mes chevaux en liberté dans leur pré et profiter des moments où ils sont en demande d’interaction. Et respecter leur propre timing. Quand c’est assez- et ça peut être bref- c’est assez. Sans compter l’adaptation à leurs préférences et besoins. Plus ou moins de cadre, de proximité, tel ou tel type de travail ….

    Mais quand on ne vit pas avec eux, comment concilier tout ça ? Est-ce seulement possible ? Je me considérais comme plutôt respectueuse de mes chevaux en pension…. J’ai changé d’avis une fois installée avec eux au quotidien. Pour autant, je n’ai pas de solution à ça. A ce fait..A ce quotidien à la fois pratique, sain et « ciment » de la relation.

    1. Je suis d’accord que la relation est différente quand nous « vivons » avec eux. Mais je crois qu’un lien fort peut être tissé sans passer tout notre temps libre dans le pré …
      En tout cas, c’est ce que je m’attache à transmettre !
      Et au vue des résultats, je pense que cela fonctionne ! Même si parfois, je fais des erreurs et que je me plante avec certains humains, beaucoup d’autres voient aujourd’hui leur relation aux chevaux transformés !

      Tout comme je connais des humains qui s’occupent de leurs chevaux au quotidien sans avoir trouver ce ciment à la relation 😉

      Ne vaut-il pas mieux passer peu de temps avec nos chevaux mais du temps de qualité, que beaucoup de temps mais sans réflexion ni engagement dans la relation ?
      Comme dans n’importe quelle relation en fait …

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