Ethique équestre : Peut-on encore monter à cheval ? [lecture]

C’est un livre dont j’ai connu l’existence via les réseaux, quand des dizaines de commentaires s’offusquaient qu’on ose poser la question …
Je me suis procuré le livre de Daniel Reyssat, Ethique équestre, Peut-on encore monter à cheval ?. Et je vous propose donc ici un retour.
Verdict : je suis assez mitigée parce qu’il me semble qu’on y oublie l’essentiel : pour moi, la promesse du titre n’est pas tenue

Un livre qui replace le cheval au centre de l’équitation

Des rappels en éthologie équine indispensables

Un des principaux intérêts de ce livre, selon moi, sont les nombreuses citations d’études et de publication de chercheurs en éthologie équine.
C’est un livre que je pourrai recommander à quelqu’un qui aimerait comprendre l’intérêt de respecter les besoins fondamentaux et surtout les théories de l’apprentissage.
Il est toujours pertinent de se questionner sur les avantages et inconvénients des différentes propositions que nous pouvons faire, et de rappeler le danger de certaines comme l’imprégnation.

Des rappels nécessaire qui amènent à une conclusion qui devrait figurer sur les murs de toutes les écuries :

« En un mot, moins nous occasionnons de souffrances, moins les comportements indésirables adviennent. »

Une vision similaire de l’équitation et de la relation humain/chevaux

Ces rappels de théories en éthologies équines importants nous amène à de nombreuses similarités dans l’approche des chevaux.
Il me semble que ma vision de l’équitation et de la relation humain/chevaux est assez proche de celle de l’auteur.

D’un côté dans la recherche d’autonomie pour le cheval, et dans le principe de d’abord ne pas gêner :

« Nous devons même chercher plutôt autre chose que de bien les traiter : ne pas les traiter mais leur rendre la possibilités de se traiter eux-mêmes. Moins intervenir en leur laissant plus d’espace, de congénères, de liberté, afin que les relations que nous souhaitons avoir avec eux n’occasionnent pas trop de dégâts physiques, sociaux et psychologique pour eux. »

Ainsi que dans l’exigence du travail sur l’humain : exiger de nous au moins autant que ce que nous exigeons de nos chevaux par notre engagement physique, notre sérénité émotionnelle et notre écoute de ce qu’ils sont :

« Nous leur demandons d’avoir une bonne analyse de nos comportements alors que la compréhension de leurs attitudes n’est souvent pas une priorité pour nous. »

Enfin, par la recherche d’une équitation de légèreté qui procure du bien-être aux chevaux par la recherche du geste juste, sans lutter dans nos aides.

En même temps, une équitation éthique ce n’est pas si simple …

Ce n’est pas si simple de respecter et d’écouter les chevaux

Malgré nos convergences, j’ai quelques désaccords avec certains passages : notamment, quelques passages qui pourraient laisser à penser que c’est facile de faire mieux

Par exemple, il y a ce passage sur le choix de mettre les chevaux au box :

« L’humain s’est petit à petit aliéné lui-même en enfermant les chevaux dans des conditions « inéquines »

Le paragraphe laisse à penser que la charge de travail pour l’humain est aussi un bon argument pour mettre les chevaux dehors.
Je ne remettrai pas en question le fait que les chevaux ne sont pas fait pour vivre en box, mais il ne me semble pas que les gérant de pension pré (particulièrement quand on essaie de vraiment faire au mieux …) aient un travail moins pénible que les gérants de pension box : ramasser les crottins sur les airs stabilisés, entretenir les clôtures, les haies, marcher des kilomètres chaque jour en terrain varié et de tout temps, etc.

Mettre les chevaux dehors ne simplifie pas vraiment la tâche de l’hébergeur.
A mon avis, ce n’est pas le choix de mettre les chevaux en box qui aliène les humains : mais nous en reparlerons un peu plus tard …

Culpabiliser individuellement les cavaliers : une réponse éthique ?

Un autre défaut du livre est de rejeter régulièrement la responsabilité sur l’individu.

Un exemple à propos des cavaliers débutants :

« Il n’y a qu’un pas pour pouvoir écrire qu’un cavalier peu expérimenté pratique une équitation peu acceptable d’un point de vue éthique. […] Dès lors, chacun a la responsabilité de se faire accompagner par un enseignant qui saura le guider vers une équitation plus respectueuse de son cheval. »

Evidemment, je ne suis pas d’accord avec l’idée qu’un cavalier inexpérimenté pratique une équitation peu éthique !
Tout dépend de la façon dont il apprend …

Mais peut-on responsabiliser le débutant de ne pas choisir le bon enseignant ?
Quand toutes les grandes instances équestres ne font rien (ou bien peu) contre la maltraitance ?
Quand les enseignants ne sont pas (ou très peu) formés au bien-être des chevaux et des humains ?

Comment permettre à un cavalier qui ne connait rien à l’équitation de choisir le bon enseignant, la bonne écurie, la bonne équitation ?
C’est une question à laquelle ne répond pas ce livre … Comme d’autres tout aussi importantes pour moi.

Le livre évite le vrai sujet : l’éthique équestre !

La question philosophique de l’éthique en équitation

Selon le Larousse :
Ethique :
1. Partie de la philosophie qui envisage les fondements de la morale.
2. Ensemble des principes moraux qui sont à la base de la conduite de quelqu’un.
Morale :
1. Ensemble de règles de conduite, considérées comme bonnes de façon absolue ou découlant d’une certaine conception de la vie 
2. Science du bien et du mal, théorie des comportements humains, en tant qu’ils sont régis par des principes éthiques.
3. Enseignement qui se dégage de quelque chose, conduite que l’événement ou le récit invite à tenir

S’interroger sur l’éthique de la pratique équestre, c’est plonger dans des questionnements philosophique.
De mon point de vue, ce livre ne le fait jamais.

S’il est admis qu’il est difficile de mesurer scientifiquement l’acceptable :

« On ne trouve pas de mesure valable du seuil de douleur ressenti et acceptable, et ce serait, avouons-le, une étude complexe à mener. »

Ce dernier n’est jamais discuté !
Il est fait de nombreux appels au bon sens (ce qui n’est pas un argument …) et certains avis moraux sont exprimés :

« Il nous semble moralement plus acceptable […] »

Mais la question philosophique n’est jamais posée :

  • Qui ou comment pourrait-on définir ce qui est acceptable ou non dans l’équitation et la relation humain-cheval ?
  • L’absence de douleurs voir d’inconfort doit-elle être un but à atteindre ?
  • Comment l’antispécisme nous permet-il de repenser l’équitation et la relation aux chevaux ?
  • Etc.

Loin de moi l’idée de prétendre pouvoir répondre à ses questions !
Mais il me semble indispensable de se les poser (parmi d’autres) quand il est question d’éthique équestre.

L’éthique équestre du point de vue politique

L’absence de questionnement véritablement philosophique empêche le débat d’aller encore plus loin, sur un sujet pour lequel le monde équestre est très frileux : la question politique …

L’idée est effleurée dans ce paragraphe, mais nulle part ailleurs :

« Il va sans dire qu’il faudrait alors rompre avec les attentes sociales actuelles et avec la notion de rentabilité. Suel un bouleversement sociétal permettrait un tel changement à grande échelle. Le fait même que cette perspectivez semble innateignable oblige chacun de nous à changer ses pratiques ici et maintenant, sans attendre qu’un grand soir, qu’une révolution spontanée et puissante (donc très hypothétique), change radicalement les mentalités et les pratiques dans le domaine équestre. »

Eviter le sujet politique empêche de se poser la question de l’avenir :

  • A quoi ressemblerait le monde équestre sans les compétions ou les courses ? (Financièrement, ça va être compliqué …)
  • Comment peut-on permettre à chaque structure de respecter les besoins fondamentaux des chevaux ?
  • Quel serait la place des chevaux dans une société sans équitation ?
  • Etc

Il est préféré une essentialisation de l’humain et de sa relation au vivant :

« De manière générale, même lorsque l’être humain se veut altruiste, il cherche souvent à protéger ou à améliorer l’autre vivant, à l’infantiliser, et donc à se poser en être supérieur. L’humain s’est imposé une mission « paternaliste », protectrice, en prenant la responsabilité de gérer le vivant en général, et les chevaux en particulier. »

Mais est-ce l’humain ou le capitalisme qui souhaite gérer le vivant ?
Est-ce l’humain ou le patriarcat qui place la domination comme objectif de toute relation ?

Et c’est probablement ce qui me manque le plus dans ce livre : la question de la domination.

Peut-on parler d’éthique équestre sans interroger la recherche de domination ?

Je comprend que la question politique soit trop éloignée des débats équestres pour être abordée dans ce livre.
Je suis déçue que la question philosophique ne soit pas davantage interrogée.

Mais il est certain que ce qui m’a laissé le goût le plus amer a été de n’interroger que les actions (utilisation des aides, choix d’hébergement, etc) et jamais l’intention !

L’éthique n’est pas du tout la même si notre intention est de dominer le cheval ou de collaborer. Même si dans les actions, les méthodes utilisées peuvent paraître se ressembler …
Travailler en liberté un cheval avec l’intention de le faire obéir, même sans violence physique, ne crée pas la même relation que de l’aborder avec l’intention de lui apporter du mieux-être par l’équitation.

Si les questions posées dans ce livre sont intéressantes et souvent nécessaires, je regrette donc qu’elles n’aillent pas suffisamment loin, en se contentant de remettre en question la forme mais jamais le fond.

Cet article est déjà bien assez long (merci de m’avoir lu jusqu’ici), alors si ces questions vous intéressent, je serai ravie d’ouvrir le débat dans d’autres articles : dîtes le moi en commentaires !
Et pour trouver d’autres pistes de lectures équestres, vous pouvez faire un tour dans ma bibliothèque

Sarah

NB : Toutes les citations de cette article sont issus du livre de Daniel Reyssat, Ethique équestre – Peut-on encore monter à cheval, Vigot, 2025

Pour aller plus loin …

Edit : 5 janvier 2026
Je vous invite à regarder cette vidéo : Est-on certain que les animaux sont heureux en liberté ? (non) – Enquête
J’aurai aimé qu’elle aille encore plus loin après la conclusion, mais je trouve que c’est, comme le livre de Daniel Reyssat, une bonne piste de réflexion sur ce que nous souhaitons dans notre relation aux chevaux.

Photo : Sara Duperrex

Réponses

  1. Avatar de Célia Bruyère

    Très intéressant merci !

    1. Avatar de manegederegalis

      Merci Célia 😀

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