Comment ne plus avoir peur d’aller en extérieur avec mon cheval ?

C’est l’histoire d’une cavalière qui n’ose plus rien faire avec sa jument, parce qu’elle est paralysait par la peur.
Quelques mois plus tard, elle termine sa balade rênes longues, en tête et avec le sourire sur le dos de sa jument, tout aussi contente qu’elle de la sortie !

Ces histoires de cavalières qui ne sortent plus à cause de la peur, je les entends toutes les semaines au Manège de Regalis.
Et cette conclusion, je la souhaite à tout le monde.

Alors aujourd’hui, je voudrais vous partager mes conseils pour dépasser vos peur à cheval, et reprendre du plaisir en extérieur.

Ecouter votre peur à cheval

Parfois, c’est un accident vécu qui a été le déclencheur de votre peur. Parfois, c’est d’en avoir été témoin.
Et parfois, ce n’est rien de tout cela ! Juste une peur qui vous semble irrationnelle, mais qui vous empêche d’avancer.

Quoi qu’il en soit, votre peur a besoin d’être écoutée plutôt que rejetée. Je vous parlais déjà de ça il y a quelques années, dans cet article : « La peur : la vaincre ou l’oublier ? »

Aujourd’hui, je voudrai vous partager mes conseils en vous racontant l’histoire de Lucie :

1. Se remettre en selle

Comme beaucoup, Lucie a fait sa première séance au Manège de Regalis sur Pile Poil.
Pile Poil, c’est le plus patient de mon troupeau : c’est mon cheval de bois !

L’intérêt de travailler sa mise en selle sur un faux cheval, c’est de pouvoir laisser complétement de côté la peur : quand elle est très présente, il reste quelques résidus de boule au ventre ou de nœuds dans la gorge, mais qui disparaissent rapidement. Nous pouvons alors nous concentrer sur la position du corps et le fonctionnement en selle.

Pour moi, c’est un préambule non négligeable parce que dans l’immense majorité des peurs de tomber que j’ai rencontré, les cavalières avaient une position et un fonctionnement qui ne les mettaient pas en sécurité !
Comme elles étaient contractées, tendues, en déséquilibre, etc. il était impossible pour leur inconscient de se rassurer.

C’est mon premier conseil : en améliorant votre position en selle, vous rassurez votre inconscient sur sa capacité à ne pas tomber ! Et c’est déjà une étape énorme !

2. Reprendre confiance dans vos compétences de cavalière

Travailler avec un cheval « neutre »

Pour beaucoup de cavalières comme Lucie, je trouve intéressant de travailler avec l’un de mes chevaux d’école plutôt que tout de suite avec leur propre cheval.
Parce que souvent, quand la peur est très ancrée dans votre relation avec votre cheval, vous ne parvenez plus à faire le tri entre ce qui se passe et vos croyances.
Par exemple, vous pouvez être amenées à croire que votre cheval accélère dans la ligne droite, alors qu’il n’a rien changé à son allure.
Vos inquiétude biaisent votre perception de la réalité.

Travailler avec un autre cheval, avec lequel vous n’avez pas de passif, et en qui vous avez a peu près confiance (parce qu’on vous a affirmé qu’il était adorable), vous permet de faire du nettoyage dans votre inconscient …

Je profite de cette étape pour revoir les bases :
– de la mise en selle, pour approfondir ce qui a été vu plus tôt avec le cheval de bois.
– de la communication, parce que la peur a tendance à figer les mains et à durcir leurs actions .

L’étape indispensable selon moi pour aller plus loin est de pouvoir travailler à chaque allures avec les rênes à la couture …

Lâcher les rênes pour ne plus avoir peur à cheval

Cette histoire de rênes à la couture (= aller jusqu’au bout des rênes, pas seulement avoir les rênes flottantes) est probablement ce qui créent le plus de doutes dans les yeux des cavalières que j’accompagne, tout en étant indéniablement ce qui présente les meilleurs résultats ! (J’y tiens tellement, que j’ai même dédié un article à ce sujet ! [ici])

Pour une raison simple : vous ne pouvez pas vous accrocher !

Parce que même sur des rênes souples, les micros tensions dans vos mains empêchent votre cheval de se détendre complètement, donc vous prenez le risque de réactions aléatoires.
Et, ce maintien de l’idée de contrôle nourri le cercle vicieux dans votre cerveau : je garde le contrôle parce que j’ai peur ; comme j’ai peur, je suis tendue ; comme je suis tendue, je veux garder le contrôle ; etc.

En lâchant tout, vous lâcher vos peurs !

Et ça fonctionne, parce que nous avons pris le temps avant d’améliorer la position, l’équilibre puis la communication : bref, nous avons lancé un nouveau cercle, mais cette fois vertueux.

Faire ce que vous n’avez jamais fait
(ou ce que vous ne faisiez plus)

Une fois que le cerveau se sent en sécurité parce qu’il ne s’accroche plus par les mains, et parce que la position est équilibrée, il est temps de le challenger : parce que la confiance en soi ne se décrète pas, elle se nourrit.
Et ce qui nourrit la confiance en soi, ce sont les petites et grandes réussites du quotidien.

Alors, pour les cavalières comme Lucie, je vais mettre en place des exercices qui les inquiètent.
Je les connait ou je les devine en fonction de ce qu’elles m’ont raconté : on va sauter un obstacle rênes longues, aller en extérieur rênes longues et se faufiler dans des endroits parfois non accueillant, etc.

Bien sûr, quand je présente ces exercices, ce que l’on va faire, je vois les yeux s’ouvrir en grand, le corps se tendre à nouveau. On respire, et on se lance : tout a été préparé en amont pour que cela se passe bien !
Et puisque cela se passe bien, le cerveau se rassure : « je suis (à nouveau) capable ! »

Alors on peut passer à l’étape suivante, l’étape finale …

3.Reprendre confiance en votre cheval

Après avoir franchi toutes ses étapes, il ne reste plus qu’à tout mettre en place avec votre propre cheval !

Alors avec Lucie, nous sommes partis en balade avec sa jument.
De mon côté, j’étais accompagnée de ma jument Velga (Lucie la connait, et sait que c’est une jument sûre et fiable : et ça, ça compte pour sa peur)

Nous avons commencé à pied, et au démarrage, Lucie était à 8/10 sur l’échelle du stress …
Parce que ressortir avec son cheval réveille les peurs : la crainte principale, c’est l’écart dangereux, la perte de contrôle et l’accident … Dans le cerveau, ça va très vite, plus vite qu’on ne le souhaiterait …
Je ne le dis pas, mais moi, je suis parfaitement confiante, parce que je sais que nous ce que nous avons vécu de positif jusqu’ici est ancré dans le corps de Lucie. Je sais qu’il est capable de gérer. Et je sais que tout se passera bien alors même que je ne suis jamais allé en extérieur avec sa jument !

Pendant que nous marchions, l’objectif était de détendre son corps par la respiration et par le travail de décontraction de la main qui tient les rênes.
Et plus Lucie se détendait, et plus sa jument se décontractait …

Puis elle s’est mise en selle : pour la rassurer, je suis resté à pied, et j’ai gardé sa longe. Nous étions à 5-6/10 sur l’échelle du stress.
L’objectif était de poursuivre la décontraction du corps et de garder les rênes à la couture.

Puis je suis monté à cheval, et comme Velga est plus grande, elle distançait sa jument : l’occasion parfaite pour trotter un peu, toujours rênes à la couture.
Et puis pourquoi pas laisser la jument nous doubler au trot et s’arrêter devant nous.
Et profiter pour rester devant, toujours rênes à la couture.

Ensuite, toujours dans l’objectif de faire vivre un tas de choses positives et incroyables du point de vue de son cerveau, j’ai emmené Lucie dans un passage étroit, que je sais regardant pour les chevaux. Avec toujours les rênes à la couture !
Et ce passage étroit débouche sur un grand champ, et je sais très bien ce qui se joue dans le cerveau de quelqu’un qui a peur en extérieur, quand elle se retrouve devant « l’immensité ». Mais on garde les rênes à la couture !

Alors la balade se termine : je raccompagne Lucie devant son écurie, en la laissant en tête, rênes à la couture, sur la grande route …
Nous sommes à 2/10 sur l’échelle du stress, et son sourire en descendant en dit long sur sa joie d’avoir partagé ça avec sa jument.
La jument de son côté est, elle aussi détendue et contente de sa balade. Elle a profité du paysage, en jouant les touristes et en grappillant les bonnes touffes d’herbes.

Le plaisir est partagé. Que demander de mieux ? 😉

Le meilleur cadeau que vous puissiez faire à votre cheval, c’est de travailler sur votre propre peur

Peut-être avez-vous remarqué que sur ce problème de couple d’anxiété à l’extérieur, nous n’avons pas du tout fait travailler la jument !
C’est souvent ce qui étonne le plus les cavalières que j’accompagne.

Quand on me dit « mon cheval est angoissé à l’extérieur », je souris à l’intérieur. Parce que je suis quasi sûre à 100% de pouvoir emmener ce couple dehors, longe détendue ou rênes à la couture, sans incident.
Des chevaux qui font des écarts énormes, des chevaux qui partent sans se retourner, des phobiques des vaches, etc. Je commence à en avoir rencontré pas mal, et ils m’amènent tous à la même conclusion :

Vous n’avez pas de pouvoir sur votre cheval. Vous ne pouvez pas l’empêcher d’avoir peur.
Le seul endroit où vous ayez le pouvoir c’est sur vous même !

La seule chose que vous puissiez faire, c’est de lui offrir un cadre sécurisant.

Et pour ça, vous avez besoin d’écouter votre peur, et de répondre aux besoins qu’elle met en avant.
Bien souvent, le besoin de sécurité, que vous comblerez :

1. En améliorant votre position, pour que votre cerveau ne se pose pas constamment la question de savoir s’il va tombé ou se faire marcher dessus …

2. En affinant votre communication, pour que votre cerveau ait confiance dans votre capacité à être entendu par votre cheval

3. En vivant des tas d’expériences positives, pour qu’elles prennent plus de places dans votre cerveau que les scénarios catastrophes qu’il s’imagine.

Et pour faire tout ça, pensez à demander de l’aide et à vous faire accompagner par quelqu’un en qui vous avez confiance 😉

Sarah

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