Faire confiance à son cheval (et à son cœur)

Comment on se retrouve à partir en balade en totale liberté avec le cheval auquel on s’attendait le moins ?
Comment on relativise son rôle de parents grâce aux dialogues avec nos chevaux ?
Comment on plonge encore plus loin dans la définition du mot « confiance » ?

Aujourd’hui, je vous raconte les derniers leçons que m’ont partagé mes chevaux, et qui j’en suis certaine, pourraient aussi aider d’autres humains.

La leçon de Duma

Depuis ma grossesse et la naissance de Izïa, beaucoup -beaucoup, beaucoup, beaucoup- de choses sont remises en question dans ma vie et bien sûr ma relation à mes chevaux.
J’ai l’impression chaque mois de sortir d’un lave linge : secouée, rincée et nettoyée de vielles idées et vieux principes.

Depuis quelques semaines, j’apprends a lâcher le contrôle. Moi qui pensais être assez souple sur cette question, je découvre chaque jour toutes les ficelles que je tiens fermement pour ne pas faire face à ma vulnérabilité …

Depuis quelques semaines, j’ai décidé de ne sortir mes chevaux que s’il me le demande.
Je me suis toujours efforcée de respecter le « Non » de mes chevaux, et de ne pas faire travailler les chevaux qui se détournait ne serait-ce qu’un peu à l’arrivée du licol.
Mais cette fois, je veux aller plus loin : attendre leur « Oui » !

Bien sûr, mes chevaux ont plongé pleinement dans le challenge!
Après 2-3 jours, où personne ne montre la moindre volonté de passer la tête dans la corde, je sens que je bous : « Quand même, ce serait bien de sortir un peu ! De marcher sur des sols plus dur ! De ne pas trop perdre de musculature ! Etc, etc, etc. »
J’ai pris sur moi … mais sans grande conviction !

Jusqu’au jour où j’ai voulu brosser le vieux Duma …
Le printemps revient, et les chevaux perdent leurs poils par poignée, et particulièrement ce papi de 30ans.
Sauf qu’il n’avait absolument aucune envie de mon pansage !
Evidemment, dans ma tête, ça fait : « C’est important, ça te ferait du bien ! Je sais que tu as dû mal avec les humains, mais je t’assure qu’il n’y a pas de piège. Je veux juste t’apporter un petit massage qui te débarrasserait de tout tes poils ! »
Et à chaque fois que j’avançais d’un pas vers lui, il s’éloignait d’un pas de plus …

Amour regardait ça de loin :
« Pourquoi tu penses savoir ce qui est bon pour lui ? »
-« Quand même ! Tout le monde aime les pansages, mais lui il ne veut pas parce qu’il n’aime plus les humains. Mais si je lui fais ce pansage, je continue de lui montrer le bon côté des humains … »
-« Moi je veux bien que tu continues de me panser … »
-« Tu as raison ! En te pansant longuement, il va voir que ça te fait du bien et il va finir par accepter ! »
*soupir*

Après de longues minutes de pansage de mon bel Amour, la leçon était apprise.
Et j’ai quitté le pré sans avoir pu approcher mon vieux sage, mais sans aucun regret.

Le cadeau de Arazan

Etonnamment (ou pas), le lendemain, tout mes chevaux étaient ok pour sortir.
Quand vient le tour de Arazan … Il insiste pour sortir, tout en refusant catégoriquement la longe !

-« J’ai besoin de te mettre la longe pour sortir. Mais promis, une fois dehors je ne m’en sers pas, tu fais ce que tu veux, c’est juste au cas où. »
-« J’ai pas confiance. »
-« Tu peux me faire confiance, je te promet que c’est toi qui choisis ce qu’on fait. »
-« Pourquoi je te ferai confiance si toi tu ne me fais pas confiance ?! »
-« … »

Alors je lui ai ouvert la barrière, et nous sommes sortis, pour ma toute première balade vraiment en liberté.

Nous étions tout les deux stressés, tout les deux ‘sur l’œil’.
Mais c’était génial : on a un peu crapahuté dans le bois, on a un peu trotté à travers champs, avant de profité de longues minutes de broutage pour se remettre de nos émotions.

Lâcher vraiment le contrôle

Il y a un moment que j’explore cette idée de liberté. Appuyée notamment par la très belle vidéo de Pierre Beaupère chez Matthias Geysen.
Tout mes chevaux sortent sans problème avec juste une longe autour du cou, et je pose régulièrement la longe sur leur dos pour marcher un peu sans les tenir.
Mais je n’avais jamais osé sauter le cap de la liberté totale.

Parce que je ne veux pas remplacer le contrôle de la longe par un autre contrôle : je ne veux pas dresser mes chevaux à me suivre en liberté, je ne veux pas d’une liberté conditionnelle.
Je ne veux pas qu’un stick me serve à les garder près de moi, je ne veux pas qu’il soit codé à marcher près de moi, je ne veux pas qu’il ne me dépasse jamais, je ne veux pas qu’il craigne de s’éloigner de moi.
Parce que je rêve de ces balades en totale liberté, mais je voudrai aussi qu’ils se sentent toujours libres et autonomes : qu’ils puissent brouter seuls, loin de moi ou du troupeau, qu’ils puissent me dire Non, etc.

Bref, je tiens à cette idée de ne pas remplacer la longe par un autre moyen de contrôle.
Je rêve de ces balades en liberté auxquelles mes chevaux participeraient parce qu’ils en ont aussi envie.

Mais pour ça, j’ai besoin de leur faire pleinement confiance, de me faire pleinement confiance, et de travailler encore sur mes freins, mes résistances et mes blocages. Pour pouvoir me laisser toucher par leur magie et leur sagesse …

L’apprentissage bonus

Ces miroirs que les chevaux m’ont donné à voir, ont évidemment des résonnances dans mon quotidien. Et c’est ce que j’aimerai que vous puissiez voir comme une chance pour vous aussi : que notre relation aux chevaux nous aide à grandir comme humain.

Juste un exemple de leçon que je tire de cela :
je pensais être très souple dans l’idée de contrôle parce que je laisse beaucoup d’autonomie à ma fille : elle peut grimper partout, utiliser des outils souvent considérés dangereux, … Je la laisse expérimenter elle-même pour qu’elle sache d’elle même ce qui est bon pour elle ou pas !
C’était ma philosophie avec mes chevaux, et c’est encore plus probant avec mon bébé.

Seulement, après cette expérience, j’observe que j’avais besoin de garder une certaine forme de contrôle, sous prétexte d’avoir peur de l’extérieur (les voitures qui peuvent aller vite, les champs qu’il faut pas traverser, etc).
Et quand je fais le point, j’observe aussi ce besoin de contrôle dans ma relation à Izïa !
Je voudrai pouvoir contrôler tout ce qu’elle va entendre, tout ce qu’elle va voir, tout ce qu’elle va vivre !
Sous prétexte de vouloir la protéger des clichés sexistes, des rapports humains délétères, etc, etc, etc.

Si l’intention semble bonne, l’objectif est pourtant inatteignable … Et il est probablement préférable pour nous deux que je m’attache à lui apprendre comment « se défendre », plutôt que de tenter de lui faire éviter à tout prix ces dangers !

Je ne sais pas combien de temps, il m’aurait fallu pour voir ça sans mes chevaux, ni même si j’aurai pû m’en apercevoir un jour. Alors comme chaque jour, je les remercie infiniment d’être là près de moi et de m’aider à grandir <3

Et vous, quelle est la dernière leçon que les chevaux vous ont partagée ?

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