La muserolle : symbole de notre équitation moderne ?

La muserolle se décline sous toutes ses formes sur les nez des chevaux : française, allemande, suédoise, combinée, noseband, etc.
Dans les magasins, on la vend pour « mettre en évidence le visage du cheval, et pour sa fonction de contrôle et d’aide dans toute les disciplines » [véridique, je les vus de mes yeux !].
N’y a t-il pas dans cette définition un manque de compréhension des impacts de la muserolle et même en allant plus loin, de notre équitation ?

« Si la main, armée d’un mors, réussit à placer la tête verticalement et à forcer la bouche à s’ouvrir, elle ne produit pas pour autant l’équilibre (reconnaissable à la légèreté), car le cheval essaie toujours de résister à ce qui le contrarie. » Etienne Beudant

Quand j’étais enfant, on m’avait expliqué que la muserolle servait à empêcher le cheval de mordre. Ravie que l’on prenne ainsi soin de ma sécurité, je serrai ce bout de cuir, en bonne élève, en plaçant deux doigts dessous comme je l’apprenais dans mes nombreux livres d’équitation (dont aucun ne m’expliquaient à quoi cela servait …)

Puis, j’ai découvert le panel de muserolles disponibles, qui offrait la possibilité de serrer plus ou moins fort cet outil ! En grandissant, j’ai donc rapidement compris que l’objectif de la muserolle était bien loin de l’image bienveillante que l’on m’en avait donné : et en apercevant l’impact de la dureté de ma main sur une bouche non saucissonnée, qui s’ouvrait en grand à chaque mauvaise action, j’ai compris qu’il allait falloir que je m’éduque à la légèreté !

Serrée par principe, mais sans comprendre …

Aujourd’hui, je travaille encore parfois avec des cavaliers qui utilisent un mors et une muserolle.
Et quand, étonnée de la voir aussi serrée, je leur demande « Connais-tu l’utilité de la muserolle ? », la plupart d’entre eux sont incapables de répondre !

Cela signifie :

  • Qu’ils ne connaissent pas les dangers de la muserolle : douleurs, problème de déglutition, stress, …
  • Bien souvent, qu’ils ne connaissent pas l’impact de l’action de leur main dans la bouche du cheval
  • Qu’ils n’ont pas conscience de priver le cheval d’un moyen d’expression et d’un moyen de s’échapper un peu à la douleur
  • Et en général, qu’ils n’avait même pas idée que le cheval puisse exprimer son mal-être

Et c’est bien normal ! Les livres de connaissances « officiels » n’abordent pas cette question, et rare sont les enseignants qui s’en préoccupent (et hélas, nombreux encore sont ceux qui vous demandent de serrer la muserolle deux trous de plus …)

Si encore il n’y avait que la muserolle

Plus je rencontre de nouveaux cavaliers, et plus je m’aperçois que la muserolle n’est pas une exception.

Je commence chaque nouvel exercice par demander à mon élève : « Comment ferais-tu pour réaliser cet exercice ? »
Après avoir cherché plus ou moins longtemps dans sa mémoire, le cavalier me donne souvent une liste d’aide plus ou moins ordonnée.
Alors je lui pose ma question préférée : « Pourquoi ? »
Pourquoi
tu utilises cette aide ? Comme elle agit ? Qu’est-ce qui se passe pour ton cheval ? Etc !

Sans surprise, la réponse est souvent : « Je ne sais pas »

Pourquoi agis tu de cette façon pour reculer ? Je ne sais pas …
Pourquoi ce sont ces aides que tu utilises pour partir au galop ? Je ne sais pas …
Pourquoi adoptes tu cette position dans la selle ? Je ne sais pas …

Ce si simple « Pourquoi ? » devient une réelle problématique !

Résultats ?

  • Une incompréhension des deux côtés : pour le cheval, pas toujours aussi bien rodé que le brave cheval de club qui comprend l’exercice avant même que l’on est commencé à lui demander.
    Pour le cavalier, qui ne sait plus comment utiliser ces aides quand ça ne marche plus comme prévu et ce retrouve complètement perdu …
  • Une équitation mécanique, théorique, hyper complexe parce qu’il faut retenir par cœur comment placé ses aides … Alors que l’on pourrait pratiquer une équitation fluide et instinctive à l’instant où l’impact de nos aides sur le cheval est bien compris !
  • Des chevaux oubliés des théorèmes, qui finissent par souffrir d’une équitation qui ne prend pas en compte les besoins, les raideurs, les tensions propres à chacun d’eux. Parce que les chevaux ne sont pas des motos, nous ne pouvons pas envisager nos aides comme des boutons, qu’ils suffiraient d’enclencher pour que tout fonctionne !
Comment changer cela : Mon conseil numéro 1 !

Commencez par oublier d’apprendre par cœur comment vos aides doivent agir pour chaque exercice !
Si vous pratiquez l’équitation en connaissant les aides du départ au galop et du cercle par cœur mais sans les comprendre, vous ne pourrez pas avancer dans de nouveaux exercices par vous même, puisque vous aurez besoin de quelqu’un pour vous donner la nouvelle liste d’aides correspondantes …
Si au contraire, vous connaissez l’impact de vos aides sur votre cheval -comment et pourquoi elles agissent- alors chaque nouvelle difficulté sera franchie simplement, en réfléchissant aux aides qui pourraient être les mieux adaptées !
C’est grâce à cela que mes cavaliers osent et réussissent de nouvelles expériences même en mon absence !
Et c’est tout à fait pour cela qu’à chaque leçon où nous travaillons un nouvel exercice, je commence par expliquer le résultat que j’attend mais que je ne donne pas plus d’infos dans l’immédiat : d’abord vous expérimentez, puis on en discute ! Et plus on avance, moins il est nécessaire de peaufiner par la discussion : même les exercices nouveaux sont rapidement résolu grâce à votre « boîte à outil » d‘aides efficaces car comprises !

Posez vous ma question favorite : POURQUOI ?
Elle doit devenir votre leitmotiv !
Si vous interrogez vos actions, vos demandes, vos problèmes vous n’aurez pas pour autant tout de suite la réponse.
Mais si vous ne vous posez même pas cette question : aucune chance que vous n’obteniez une réponse !

Ensuite, il vous suffit d’être accompagné dans ce sens, et l’équitation fluide, légère et respectueuse ne sera plus un mythe pour vous !

En attendant, ne pourrions nous pas faire de l’espace commentaire, un espace à « POURQUOI ? » : posez-y vos questions du moment, ou vos découvertes plus ou moins récentes qui ont été des minis révolutions pour vous (Je vous jure que dans ma tête, quand j’ai compris que la muserolle servait à clouer le bec des chevaux pour les faire taire et non pas pour les empêcher de mordre, c’était l’apocalypse ! Trahison terrible pour ma sensibilité d’enfant !)
En discuter ensemble, aidera chacun à trouver ses clefs !

Sarah

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