La relation avant le résultat

Aussi longtemps qu’un être humain, quel que soit son âge, pense que vous voulez obstinément obtenir quelque chose de sa part, il y a de fortes chance qu’il résiste. Ou s’il ne résiste pas et fait tout ce que vous lui demandez, vous finirez probablement par en payer le prix. […] Il est nécessaire de créer la qualité de relation qui permettra aux besoins de chacun d’être satisfaits. » M. Rosenberg

Un des articles qui fonctionne le mieux sur le blog raconte ce qui me gêne dans la guerre entre renforcement positif et négatif.

Avec sa conférence, « Eduquer sans punition ni récompense », Marshall Rosenberg dit (avec bien plus de clarté que moi !) comment nous pourrions changer notre communication pour améliorer nos relations, à nous même et aux autres.

Aujourd’hui, je ne vais pas tenter de résumer cette conférence ; je vous propose d’aller plus loin dans le concept de Communication Non Violente en observant comment elle peut changer aussi votre relation aux chevaux …

La communication non Violente

« Nous allons évaluer le comportement de l’autre, mais nous allons le faire de manière à avoir un maximum de pouvoir avec lui, et non sur lui. […] Nous voulons que les gens agissent parce qu’ils voient combien leur vie en sera enrichie. C’est l’idée d’un pouvoir exercé ensemble, qui permet aux gens de puiser leur motivation en eux-mêmes. A l’inverse, le pouvoir sur les autres les fait agir par crainte de ce que nous leur ferons s’il ne satisfont pas à nos exigences, ou par désir de la récompense que nous leur donnerons s’ils y répondent. » M. Rosenberg

Ça fait plusieurs années que j’ai dans ma bibliothèque le livre de Marshall Rosenberg : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs).

Je l’ai lu, et j’ai tout de suite adoré le contenu (j’avais d’ailleurs écrit un article sur le sujet). Mais je ne me suis pas vraiment plongé dedans, je suis resté dans une idée très superficielle de cette communication, en l’appliquant de temps en temps, sans vraiment avoir retenu le plus important …

C’est encore l’arrivée de bébé qui a été le déclencheur d’un vrai plongeon !

Parce que je veux qu’elle est les meilleurs outils pour sa vie future ;
Parce que j’avais besoin d’être mieux outillée pour surfer sur le raz de marée que provoque l’arrivée d’un bébé dans ma vie de femme ;
Parce que je ne supportais plus mes relations avec les autres, qui ont toujours 10000 conseils et avis (non sollicités) sur comment élever un enfant …

Pour découvrir la communication non Violente, je vous propose donc de commencer par cette conférence de Marshall Rosenberg (que vous pouvez retrouver ici en version plus longue, et ici en version papier)

Observer sans évaluer

C’est le préalable indispensable, la base solide de cette communication : réussir à observer une situation sans émettre de jugement.

« – Je l’ai monter à cru dans le champ, et il en a profité : il a essayé de me mettre par terre quand je lui ai demandé le galop.
– C’est un mou : il n’aime pas le travail en carrière alors il faut le pousser. Par contre, l’obstacle il adore, et il m’embarque si je ne met pas un pelham !
– Il fait semblant de s’arrêter pour regarder ou sentir quelque chose et il en profite pour brouter …
– Il est trop fort, il comprend tout ! »

Deux choses reviennent souvent quand les cavaliers me parlent de leurs chevaux :
1. Les étiquettes : positives ou négatives, elles sont aussi néfastes ! Malin, pénible, adorable, lunatique, pisseuse, lymphatique, intelligent …
Globalement, quand la phrase commence par « il/elle EST … », elle se termine souvent par une étiquette porteuse de jugement !
2. Les projections : plus subtiles à repérer, ce sont pourtant des jugements et des évaluations établies à partir de nos propres filtres et donc potentiellement totalement en décalage avec la réalité de notre cheval !
Profiter, tester, essayer, refuser, aimer, … tout ce qui implique les intentions potentielles de notre cheval ne rentre pas dans la catégorie « observer sans évaluer »

« Une autre forme de violence consiste à essayer d’amener les autres à agir par honte. […] Si quelqu’un ne fait pas ce que vous voulez, vous lui collez une étiquette comme « fainéant », « insensible » ou « idiot ». » M. Rosenberg

Si je reprend les exemples du début, nous pourrions donc dire plutôt :
« – Je l’ai monté à cru dans le champ : il a rué quand j’ai utilisé mes aides de départ au galop.
– Quand je travaille en carrière, il ne répond pas à mes aides, et j’utilise mes jambes à chaque foulée pour maintenir l’allure. A l’obstacles, en revanche, il galope plus rapidement qu’à l’accoutumée et je met un mors plus dur pour réussir à conserver le contrôle.
– Il s’arrête, observe ou sent quelque chose, puis il broute.
– Il réalise exactement les exercices que je lui demande même avec des aides très fine. »

Observez que ça change déjà sacrément la perception de l’événement …

Prendre ses responsabilités

Exprimer ses sentiments

Une fois que l’on a pu observer la situation sans l’évaluer, il est temps d’observer ce qu’il se passe à l’intérieur de soi : en se posant la question « Comment je me sens ? »

Le psychologue américain Rollo May dit qu’un être humain qui a de la maturité possède un vocabulaire des sentiments, une capacité à décrire la vie qui se déroule à l’intérieur de lui qui lui permettent de décrire cette vie avec tout la complexité d’un orchestre symphonique. Et il ajoute tristement que la plupart d’entre nous se contentent, pour parler de ce qui se vit en eux, d’un vocabulaire qui sonne comme un petit sifflet de métal »

Découragé.e, ouvert.e, partagé.e, content.e, intrigué.e, en colère, enervé.e, …
Il existe des centaines de mots pour décrire nos émotions et nos sensations !

Attention cependant au langage qui rejette la responsabilité de nos émotions sur les autres : « je me sens trahi, blessé, agressé, … »
Ces mots ne disent pas vraiment comment nous nous sentons, mais plutôt ce que nous imaginons que l’autre nous fait.
Et « pire » encore : Tu m’agaces, tu me fatigues, tu me fais de la peine !

Consulter nos besoins

Les émotions sont des messages qui témoignent de besoins satisfaits ou insatisfaits.
Une fois que l’on a fait le point sur nos émotions, il est donc intéressant d’aller observer les besoins derrière !

Besoin d’accomplissement, de faire le deuil, d’évolution, d’attention, d’apprivoisement, de spiritualité, de clarté, de choisir, de réconfort, de réciprocité, d’expression, etc, etc, etc.

Encore une phase d’écoute de soi qui nous apprend beaucoup.

Je vous invite à vous poser la question des besoins que vous chercher à satisfaire quand vous allez voir votre cheval, quand vous lui demandez un exercice, quand vous le montez, etc.
Je serai curieuse de les lire dans les commentaires si vous êtes d’accord pour les partager !

Demander sans exiger

Quand nous avons fait le point sur nos émotions et nos besoins, nous pouvons exprimer une demande claire et positive.
Nous pouvons alors nous poser deux questions :
Qu’est-ce que j’attends de mon cheval ?
– Quelle est la motivation que je veux qu’il ait pour le faire ?

Par exemple, si je ne me pose pas ces questions, je peux exiger de mon cheval qu’il marche en main à côté de mon épaule sans jamais me dépasser parce qu‘il le faut !

« […] les termes les plus dangereux de toutes les langues : « il est obligatoire », « il est interdit ».
Il existe également une forme vulgaire de la langue. Si vous n’aimez pas la vulgarité, bouchez-vous les oreilles ! « Il faut », « vous devez », « faîtes-le ».  » M. Rosenberg

Mais si je m’interroge :
Comment je me sens quand mon cheval me dépasse ? « Inquiète »
Quel besoin est insatisfait ? « Mon besoin de sécurité »
Quelle est ma demande pour mon cheval ? « Je me sens inquiète quand tu me dépasses parce que j’ai besoin que nous soyons tout les deux en sécurité quand nous marchons sur la route. Est-ce que tu accepterais de rester derrière mon épaule, et dès que nous serons en sécurité dans le chemin, tu pourras satisfaire ton besoin d’exploration en passant devant. »

Techniquement, mes actions seront très probablement les mêmes. Mais l’énergie avec laquelle, je vais m’adresser à mon cheval sera très différente.
Et vous observerez que sa réponse sera très différente !

Quand je demande sans exiger, je donne plus d’importance à la relation qu’au résultat !
Quand je demande sans exiger, je m’ouvre à la possibilité que mon cheval dise non, et qu’il m’invite à prendre en compte ses propres besoins.
Je quitte une relation de domination pour entrer dans une relation de coopération.

Expérimenter (et s’autoriser à se tromper !)

Je vous invite encore une fois à regarder cette conférence de Marshall Rosenberg.
Et bien sûr, à expérimenter cette communication, notamment avec vos chevaux !

« Nous n’avons pas appris à voir la beauté en nous. Nous avons appris à être de bons petits garçons, de bonnes petites filles, de bonnes mères, de bons pères, de bons enseignants, et cet apprentissage nous coupe de la vie. »

Je vous invite aussi à ne pas oublier que parler de ses sentiments et de ses besoins, pour la majorité d’entre nous, c’est comme apprendre une nouvelle langue ! Et pour ça, pas de secret, il faut beaucoup pratiquer.
Et on ne devient pas parfaitement bilingue en passant juste un week-end à Londres !
Accepter le temps nécessaire et les erreurs fait partie du processus d’apprentissage !

Pour conclure, après cette semaine de stage, j’aimerai poursuivre mon processus d’expérimentation de transmission de ce processus avec les chevaux, en vous proposant des ateliers à prix tout doux.
En présentiel ou en distanciel, contactez moi juste ici si vous êtes intéressé !

N’hésitez pas à me partager vos interrogations en commentaires !
Sarah

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