Pourquoi c’est si dur de changer ?

Pourquoi le bien-être reste à l’arrière plan dans le monde du cheval alors même que nous disposons de centaines d’étude pour mieux le comprendre ?

Pourquoi on continue à détruire la planète alors même que les scientifiques alertent depuis les années 20 ?

Et si ces deux problématiques étaient liées par un seul et même obstacle : notre propre cerveau !

Cet article est écrit à partir de la conférence de Albert Moukheiber, neuroscientifique et psychologue clinicien : « Climat : tous biaisés ? »

Dans cette conférence (que je t’invite à regarder en entier, je remet le lien ici !), Albert Moukheiber nous explique ce que sont les biais cognitifs ; comment ils nous maintiennent dans l’immobilisme ; et pourquoi on ne peut cependant pas les rendre coupables de tout …

Que sont les biais cognitifs ?

Un biais cognitif est une distorsion dans le traitement cognitif d’une information.
En effet, notre cerveau mène deux actions : essayer de prédire ce qui va se passer, et s’adapter pour réagir à nos prédictions.
Pour pouvoir prédire, on a besoin de faire des milliers d’opérations, mais comme nos ressources sont limités, nous sommes amenés à faire des approximations. Qui dit approximations, dit parfois erreurs : ce sont les biais cognitifs !

Les biais cognitifs sont toujours contextuels, ils ne sont pas inhérent à la personne.
D’une part, il semble impossible de ne pas en avoir.
Albert Moukheiberg dit lui même qu’il les étudie depuis 15 ans, et pourtant il en est victime autant que n’importe qui dans la salle.
D’autre part, puisqu’ils sont contextuels, ils peuvent être vu négativement ou positivement.
Dans la conférence, il donne l’exemple de l’optimisme : l’optimisme est un biais cognitif qui considère qu’il arrive plus souvent des choses positives que négatives. C’est un biais qui est bien perçu dans le quotidien, mais beaucoup moins quand tu es entrain de jouer tout ton argent au casino !

Quelques biais qui nous maintiennent dans l’immobilisme

Voici une petite liste des biais qui nous retienne d’agir :

  • Diffusion de la responsabilité (ou effet spectateur) : si les témoins d’une scène sont nombreux, les gens réagissent moins et moins vite.
    Quand nous sommes seuls, notre inaction nous renvoie une image négative. Quand nous sommes plusieurs, nous nous demandons « pourquoi moi et pas les autres ? »
    Ce biais est présent quand on entend « pourquoi moi et pas les autres » mais aussi « ce n’est pas moi le problème, il y a pire »
    On retrouve le biais de diffusion de responsabilité dans la croyance que la technologie va nous sauver : pas besoin d’agir, de supers chercheurs vont trouver une super technologie pour faire le travail. Pour Albert Moukheiber, c’est une nouvelle forme de climatospeticisme.
  • Biais de confirmation : c’est choisir les informations qui vont dans le sens de ce que l’on croit déjà.
    Ce biais permet de passer au-delà de nos dissonances cognitives. Par exemple, je trouverai des articles qui me confirme que je peux manger de la viande 3 fois par semaine puisque je recycle mes déchets. En réalité, je trouverai aussi des articles qui me disent que recycler ne suffit pas … mais le biais de confirmation m’invitera à ne pas les prendre en compte.
  • Raisonnement motivé : sous-tendu par le biais de confirmation, ce biais est illustré par Albert Moukheiber par la comparaison à l’avocat.
    En effet, le détective partira des preuves pour obtenir un résultat, tandis que l’avocat partira du résultat pour trouver toutes les preuves (aussi anecdotiques soient-elles) qui vont dans son sens.
  • Illusion de connaissance : quand nous pensons avoir compris quelque chose alors que non … Moins nous connaissons un sujet, et moins nous sommes capable de mesurer à quel point nous ne maîtrisons pas le sujet en question.

Les biais ne touchent pas que l’individu …

Les biais cognitifs touchent les individus, mais aussi les groupes : entreprises, états, etc.
Or nous le savons bien aujourd’hui la plus grande part des émissions n’est pas individuelle, mais de la responsabilité des entreprises et des gouvernements…

Dans notre société de compétition à la croissance constante, l’entreprise ou le gouvernement se dit « si moi j’arrête, les autres vont me dépasser. Pourquoi c’est à moi d’arrêter ? »
Donc les entreprises et les gouvernements font très peu ou pas du tout d’effort !

Et l’individu malgré tout les efforts fournis, voit peu de résultat parce que le gros des efforts nécessaires n’est pas fait. Alors il se sent impuissant.
Et certains développeront alors de l’anxiété lié au futur : l’éco anxiété ou solastalgie.

Albert Moukheiber constate en effet que parmi sa patientèle, de plus en plus de jeunes développent des formes de dépression liées à l’impuissance acquise : des jeunes qui se sacrifient beaucoup mais qui ne voient rien changer …

Il apporte donc une critique : souvent, notre cerveau est présenté comme le coupable de notre inaction. Alors qu’il agit dans des contextes.
Les facteurs systémiques, les contextes dans lesquels nous évoluons sont plus importants que les facteurs individuels …

Changer les règles

Pour ne pas juste blâmer le cerveau et se dédouaner, Albert Moukheiber nous invite à réfléchir aux règles qu’il serait bon de changer pour nous aider a agir.

Il insiste sur le fait que sur-responsabiliser l’individu invisibilise le système !

Et à la question « Climat : tous biaisés ? », il répond que nous sommes tous biaisés, mais pas à cause de notre cerveau : nous sommes biaisés à cause des modèles, des systèmes que l’on crée.

Notamment des récits dans lesquels nous sommes bercés : le récit de la technocratie, qui nous dit que c’est formidable parce que nous avons l’électricité, nous avons éradiqué des maladies, etc. Mais qui oublie de préciser que nous avons détruit 50% de la biosphère, pillé une grande partie des ressources naturelles, que nous avons un problème de pénuries de matières premières, etc.

Chaque règle du jeu, chaque système conditionnent comment les humains vont agir. Et donc nos biais ne dépendent pas uniquement de nous mais aussi des règles avec lesquelles nous jouons (plus ou moins par obligation …)

« On ne sait pas si c’est possible de faire disparaître les biais cognitifs mais ce que je sais c’est qu’on ne va pas s’en sortir juste en regardant l’individu. On a besoin un peu de changer les règles du jeu. Comment, je ne sais pas. Mais j’espère que ça vous donne des pistes. »
Albert Moukheiber

L’oeuf ou la poule

Pour conclure cet article, je voudrais te partager ce qui me vient après cette conférence : je suis mitigée !

Je partage le constat que nos actions sont limitées par les systèmes dans lesquels nous évoluons, mais nous continuons d’encourager ces systèmes…

Jeff Bezos gagne 3000$ par seconde, alors notre pouvoir est faible face à sa force (de destruction). Mais si demain, plus personne n’achète chez Amazon, les cartes seront automatiquement rebattues. Oui, le système nous pousse à acheter et Amazon a des milliards d’offre alléchante pour consommer toujours plus : mais personne n’a le couteau sous la gorge pour acheter. Rien de ce qu’ils vendent n’est indispensable à notre vie (voir à notre survie) ou ne peut être trouvé ailleurs …

Donc sur-responsabiliser l’individu, invisibilise la responsabilité du système. Mais ne pas voir les individus derrière les systèmes, n’est ce pas une forme de biais de dilution de la responsabilité ?

Malgré tout, cette conférence marque l’importance de questionner nos systèmes et leurs règles. Et de regarder là où nous avons du pouvoir pour changer les choses, seul ou collectivement…

Et les chevaux ?

Enfin, je finirai par un parallèle avec le monde équestre : depuis peu (souvent grâce à des associations de protection animale) les grandes instances s’inquiète de l’avenir de l’équitation.
Pas pour apporter du mieux aux chevaux, juste pour sauver leur peau (et leur pognon …) ! Mais c’est déjà ça …
Parce que la FFE ou le moniteur au bord de sa carrière sont aussi soumis à des biais cognitifs : Ces biais qui leur font dire que les chevaux préfèrent le box ou ce sentent très bien avec leur mors …

Mais plus nous serons nombreux à encourager une autre équitation et à agir pour une autre relation aux chevaux, plus les choses pourront bouger.
Même si, comme avec l’éco-anxiété, il est parfois tentant de baisser les bras en se sentant impuissant face à la réalité du monde du cheval comparée à nos petites actions pour une poignée de chevaux .

Oserons-nous agir plus fort pour le bien-être des chevaux ?

Trouverons-nous le courage de sortir du moule pour le bien-être de l’humain ?

Dis moi en commentaire : Que ferez tu, si tu avais le pouvoir de changer les règles ? (Ma réponse dans le prochain article !)

Laisser un commentaire