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Comment apprendre à mon cheval à dire « non » ?

Dans la recherche d’une relation basée davantage sur la coopération que sur la domination, on peut se poser la question : « Comment être sûr que mon cheval est d’accord ? Comment lui permettre de dire quand ça n’est pas ok pour lui ? »

Et en même temps, se poser ces questions peut amener des craintes : si je laisse mon cheval s’exprimer, est-ce qu’il refusera tout et ne voudra plus jamais sortir de son pré ?

Explorons ces questions ensemble !

« Depuis que j’ai suivi vos conseils, partir seules est un réel plaisir, plus du tout de stress !
Une jument allante à qui je laisse choisir le chemin. Bonheur ! Alors merci ! »
Camille

Savoir dire « non » à mon cheval

Quand j’ai eu envie d’écrire cet article, j’ai commencé par une petite recherche internet pour voir ce qui était dit à ce sujet.
J’ai trouvé un tuto pour apprendre un tour de cirque dans lequel le cheval fait « non » avec sa tête.
Et surtout, j’ai trouvé des dizaines d’articles qui m’expliquait à quel point il est important que mon cheval me respecte et que pour ça, il est nécessaire que je sache lui dire « non » !

Effectivement, je pense aussi qu‘il est important d’être capable de dire non et de poser des limites à notre cheval : il en va de notre survie.
Pour autant, s’il n’y a que moi qui suis en droit de dire « non », alors ce n’est pas du respect, c’est de la crainte que j’inspire à mon compagnon équin !

Il me semble qu’une relation est équilibrée quand chacun des parties peut exprimer ce qui est juste pour lui.
Étonnamment (ou pas), les articles qui m’invitent à me faire respecter par mon cheval, ne porte pas mon attention sur l’importance que je le respecte moi-même … On me propose donc une relation de domination, dans laquelle il y a forcément un gagnant et un perdant, et l’idéal, c’est que ce ne soit pas l’humain le perdant …

Aujourd’hui, j’aimerai donc vous inviter à sortir de la relation binaire du dominant versus le dominé, pour tenter d’expérimenter une relation de coopération avec votre cheval.

(Ps : j’utilise le mot et l’idée de respect par simplification, parce que c’est ce que j’ai retrouvé dans mes recherches rapides sur internet. Cette notion est cependant discutable dans la relation humain/cheval)

Pas besoin d’apprendre à dire non, d’abord, il faut apprendre à écouter son cheval

En réalité, on a pas vraiment besoin d’apprendre à nos chevaux à dire non : il le font déjà.

Les chevaux disent « non » parfois de façon violente : par la ruade, le cabré, le coup de pied ou de dents, etc.
Comme notre sécurité est en jeu, on a une certaine facilité à les voir. Pour autant, ces résistances très claires sont rarement interprétées correctement …

Et puis parfois, les « non » sont évidents mais encore moins entendus parce qu’ils ne posent aucun problème à notre quotidien : le cheval qui s’encapuchonne, qui manque d’impulsion, le cheval qui se résigne, s’enferme sur lui-même …

Comment éviter le pire pour moi et mon cheval ?

Pour le bien-être de tout le monde, éviter que le cheval se blesse ou ne blesse quelqu’un, ou bien qu’il tombe malade à cause de ces émotions refoulées, il est possible de mettre en place quelques astuces :

Certain.es décident d’utiliser un code clair pour i.elles et leur cheval : en lui apprenant par exemple à toucher la jambe quand le cheval souhaiterait que la cavalière descende.
Pour ça, il faut bien souvent passer par apprendre à toucher une cible grâce au renforcement positif et au cliquer training. (Vous pouvez faire un tour ici, pour découvrir ce travail)

Une autre option consiste à simplement faire ce qu’on vous a toujours dit de ne pas faire !
Souvenez-vous des fois où l’on vous a dit « si tu descends, il a gagné ! », sous entendu « si tu descend quand ton cheval s’arrête en balade parce qu’il a peur, il va apprendre qu’il suffit de s’arrêter pour que tu descendes et il s’arrêtera tout le temps ».
Ce point de vue par du postulat que l’équitation est une lutte, une guerre contre votre cheval à qui il ne faut surtout pas céder un centimètre de terrain !

Mais pour les chevaux, le point de vue n’est pas le même : si je descend quand mon cheval s’arrête parce qu’il a peur, pour passer devant et franchir la difficulté en l’accompagnant dans le calme, alors mon cheval apprend que je l’écoute. Dans ce cas, tout le monde a gagné !

A condition d’être dans le bon timing !

Ecouter le cheval qui chuchote avant qu’il ne crie

Le risque avec ce que je vous partage ici, c’est de renforcer le « mauvais comportement ».

Si j’attends que mon cheval se cabre pour accepter de descendre, il est possible que la fois suivante, mon cheval arrive beaucoup plus rapidement au cabré.
Ce sont typiquement les chevaux qui montre des signes d’agressivité quasiment sans menace, ou des signes de résignation dès l’instant où ils ont un licol sur le nez.
Il ne tente plus de dialoguer, ils vont droit au but, là où ils savent que leurs comportements seront efficaces.

Quand vous souhaitez mettre en place l’écoute des « non » de votre cheval, l’objectif dans les toutes premières séances, est d’écouter tout les micros « non ».
Si vous partez complètement de zéro, commencer par la mise du licol au pré : (Je vous met une petite vidéo à la fin de l’article 😉 )
Si votre cheval détourne la tête d’un millimètre, arrêtez. Voir faites demi-tour et sortez de la prairie (particulièrement efficace pour les chevaux tellement résignés qu’ils n’expriment plus rien)
Parfois, le cheval a un déclic, et il vous dira « non » pendant plusieurs jours, semaines (voir mois dans des cas plus rares) : d’une certaine façon, il vérifie que vous avez bien compris son « non » et que cette nouvelle communication fonctionne bien entre vous.

Après ça, votre cheval saura faire l’effort d’être plus clair dans ses « non » sans passer par la violence ou la résignation.
Et vous le verrez ajouter de la nuance « Aujourd’hui, je n’ai pas envie de sortir, mais je suis d’accord pour des gratouilles »

En selle, idem. Vous avez serrés les jambes et votre cheval n’a pas bougé ? Descendez.

Une autre approche pour améliorer l’expressivité de votre cheval, vous pouvez lire cet article : « Comment vraiment faire plaisir à mon cheval ? »

Si je laisse mon cheval dire non, je ne pourrai plus jamais rien faire ?

Ce que j’ai décrit plus haut, c’est l’introduction. Ecouter systématiquement chaque « non » du cheval pendant plusieurs jours voir semaine permet au cheval de comprendre qu’il est entendu, et donc apaise la communication.

Cependant, une fois que tout est bien clair, on rentre dans la deuxième phase d’une relation : les compromis !
Il n’existe pas une relation dans laquelle les deux parties soient toujours parfaitement d’accord. Des échanges, des discussions, permettent d’avancer sereinement, à l’écoute des besoins de chacun.

Par exemple, vous pouvez parfaitement écouter toujours les « non » de votre cheval quand vous lui proposez d’aller travailler ; mais le jour d’un rendez-vous avec un pro, vous pouvez « ignorez » le non, et insister pour sortir votre cheval du pré.

Comme votre cheval sait qu’il est entendu, il accepte sans difficulté ces exceptions.

Et si mon cheval refuse catégoriquement de mettre le licol, d’aller dans la carrière, etc.

Si le cheval dit « non » à tout, alors il me semble important de remettre en question les pratiques.
Est-ce que ma communication est correcte, compréhensible, agréable pour mon cheval ?
Est-ce que l’équitation que je lui propose est intéressante, confortable et bénéfique pour son corps et son mental ?

Parfois il suffit de changer quelques habitudes.
Parfois il est nécessaire de questionner le matériel.
Parfois vous aurez besoin d’accepter plusieurs mois de remise en question pour progresser dans le bon sens.

Dans tout les cas, on aura besoin pendant quelques séances de nier le « non » de notre cheval en se justifiant : « J’ai compris que quelque chose devait changer. Est-ce qu’on peut essayer autre chose pour voir si c’est mieux pour toi ? »

Et idéalement, je vous invite à être accompagné.e pour qu’un regard extérieur puisse vous permettre de mieux lire votre cheval, d’améliorer votre communication et de rendre votre équitation plus attrayante pour votre cheval.

A ce sujet, je vous propose plusieurs stages cet été, exactement dans ces thématiques : n’hésitez pas à les découvrir ici ou à me contacter pour une séance individuelle.

Sarah

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