L’important n’est pas d’avoir raison

Vous est-il déjà arrivé de poursuivre dans une direction, alors que vous sentez qu’elle ne vous convient plus, juste pour ne pas montrer que vous vous êtes trompé ?
Je crois que c’est une des causes de la difficultés à faire progresser le monde équestre vers plus de respect et de bien-être. J’en ai encore eu la preuve cette semaine …

Et si on changeait ça ?

La honte de l’échec

C’est l’histoire de deux juments de 6 ans, sorties du débourrage il y a quelques mois. Leur cavalière me dit « on a encore besoin de bosser le montoir parce qu’elles bougent beaucoup … »
Le problème apparaît en fait dès le sellage : en voyant le tapis, les juments se dandinent à l’attache, en voyant la selle c’est pire encore et toutes les tentatives de fuite y passent !

Pour la première, on voit clairement des signes de mal-être… Un petit examen rapide du dos me confirme que le problème ne vient pas du montoir, mais de la douleur ! Et il faudra faire appel à un pro plus qualifié que moi sur ce sujet …
Pour la seconde, j’observe surtout un problème de compréhension et d’acceptation. Alors on va bosser un peu en carrière pour se décontracter, on met la selle et direction l’extérieur (à pied) pour associer l’outil au plaisir de l’exploration.

Quand la séance est finie et que la cavalière repart avec ses juments, je ne peux pas m’empêcher de me demander comment le pro qui a débourré ses juments a pu passer à côté de ça.
Oui, il y a des chevaux plus difficile à lire que d’autres mais ici le message est vraiment clair ! Évident ! Sous les yeux de tous et compréhensible par n’importe quel humain même non cavalier : ces juments refusent la selle !
Et c’est une forme de maltraitance que de ne pas accepter de voir ce refus !

Est ce que ce qui a empêcher ce pro de voir son erreur, ce n’est pas une forme d’ego qui refuse d’admettre ses tords et son incompétence dans cette situation ?

Qu’est-ce qu’il en coûte à nos chevaux de travailler avec des humains qui veulent toujours avoir raison ?

J’ai toujours raison même quand j’ai tord

Je ne sais pas vous, mais moi j’ai grandi avec cette idée que le plus important était d’avoir raison.
J’ai grandi avec la peur (et la honte) de l’échec, et l’idée que ceux qui détenaient la vérité obtenait l’autorité (et inversement).

Et je sais que je ne suis pas la seule dans ce cas, parce que ce sont très souvent aussi les freins de mes cavalières …
Alors inutile de blâmer nos éducations, l’école, la société… il sera plus utile de consacrer notre temps à trouver une autre stratégie !

Mais on ne révolutionne pas nos fonctionnements en un claquement de doigts. Alors par quoi commencer ?

D’abord voici deux ressources qui peuvent vous aider sur ce chemin :
Une conférence de Thomas d’Ansembourg sur l’importance de prendre soin de la relation.
Et le livre de Charles Pépin, « Les vertus de l’échec » qui est un essai philosophique très abordable pour donner du sens à l’indispensable de la réussite : l’échec !

Et si vous voulez passer à l’action dès maintenant, je vous propose de commencer très simplement :

Un pas après l’autre

Quand on fonctionne dans l’objectif de ne jamais avoir tord, on reste campé dans nos positions même quand ça n’a pas d’importance.
Dans ce cas, on se ferme à la richesse de ce que peut nous apporter l’autre ou la situation qui nous met en désaccord. Je crois que c’est en observant cette richesse que l’on peut décider de changer.

La première situation qui me vient en exemple, c’est le cavalier qui continue d’insister pour obtenir un résultat après un temps plus ou moins loin, alors que le cheval dit « non » depuis le départ. Et derrière la tête, le cavalier à l’idée que s’il arrête maintenant « le cheval va gagner ».
On surfe ici pleinement sur la vague de « j’ai décidé qu’on ferait cet exercice, donc je ne cède pas parce que je ne dois pas montrer que j’ai eu tord. Si j’ai tord, alors j’admet que mon cheval a raison : c’est donc lui qui domine, et j’ai tout perdu … »

Pourtant la richesse derrière cette situation est grande :
1. Aucun cheval n’a l’ambition de dominer les humains. Et il serait précieux que les humains s’inspirent de cette relation …
2. Le refus de mon cheval m’en apprend plus sur lui : état émotionnel, état physique, capacités intellectuelles, etc.
3. Ma réaction face à ce refus m’en apprend beaucoup sur moi : pourquoi je me sens en colère quand il dit non ? Pourquoi j’ai envie qu’il réalise cet exercice ? Pourquoi j’aime être avec mon cheval et pratiquer l’équitation avec lui ? …
4. La nécessité d’explorer de nouvelles pistes : de découvrir d’autres exercices, d’autres méthodes, d’autres approchent, etc. pour nourrir mon équitation et progresser.

Si je m’en tiens à l’idée que le plus important est d’avoir raison, personne ne sort grandit de la séance.
Si je regarde la richesse derrière le désaccord avec mon cheval, je me nourris de cette expérience.

« Rome ne s’est pas faite en un jour »

Nous avons besoin d’un temps plus ou moins long pour nous détacher de fonctionnements délétères.
Alors soyez juste avec vous même et offrez vous d’échouer dans votre recherche d’accepter que l’important n’est pas d’avoir raison.

Vous sentez vous prêt à échouer et à avoir tord ?

Bel été à vous,
Sarah

Ps : ce qui m’a décidé à écrire cet article, ce n’est pas la rencontre de ces deux jolies juments. Parce que des « anecdotes » comme celle-ci, je peux en raconter une nouvelle presque chaque semaine …
Mais ça a été de voir mon désaccord avec mon propre choix à propos de mon utilisation des réseaux cet été.
J’ai écouté mes besoins et j’ai donc changé de choix : vous pourrez donc suivre mon chemin vers une équitation non violente sur Instagram et Facebook. Et vous trouverez aussi des idées de travail à pied pour occuper votre été et vous préparer au CCEP dans ce groupe privé.

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