Votre hypersensibilité est une force

Quand je bricole, je réfléchis beaucoup. Et en ce moment, je bricole beaucoup …
Entre deux réflexions, je vais voir mes chevaux, et la magie de plusieurs instants passés auprès d’eux m’a fait penser à vous : à vous, les « hypersensibles » !
Avec mes troupeaux, nous avons un message pour vous : votre hypersensibilité est votre plus grande force.

Se perdre dans la performance et le résultat à tout prix

A chaque fois que je dois vendre un stage je suis confrontée au même questionnement. Comment parler de relation avant de mettre en avant la performance.
Par exemple, en ce moment, je communique beaucoup sur l’ouverture du PTV/Moutain trail. Et ce n’est pas ok pour moi de juste parler de l’intérêt d’avoir un cheval qui passe partout en extérieur. De juste raconter le plaisir de se dépasser. De juste montrer des obstacles en challengeant les cavaliers …
Mais j’ai du mal à trouver une autre façon d’en parler
Et en même temps, je bosse à fond pour tout finir pour le jour J, alors je passe moins de temps avec mes chevaux. Puis je teste les difficultés pour être sûre que ce soit faisable et non dangereux, donc j’ai besoin que Velga soit au taquet dès la sortie du champ pour faire ce que j’ai besoin …
Bref, je suis à fond, et j’ai besoin de résultats dans ce que je fais et dans ce que je demande à mon cheval.
Mais ce fonctionnement là, il ne satisfait pas longtemps mon hypersensibilité : mon corps et mon cœur demandent du repos. Et surtout, ils demandent à être nourri autrement

Alors j’ai pris le temps … et j’ai eu envie d’écrire cet article !

Parce que j’ai pensé à vous, à vous les hypersensibles :
– à vous qui me contactez par message suite au premier article à ce sujet,
– à vous qui venez me voir en séance, souvent au bord des larmes,
– à vous qui ne vous sentez plus à votre place dans votre club,
– à vous qui n’arrivez pas à être le « chef » de votre cheval,
– à vous qui aimez plus que tout « juste » être prêt d’eux,
– à vous qui vous moquez des performances et de la compétition,
– à vous qui pensez ne pas avoir confiance en vous,
– à vous qui jugez votre hypersensibilité comme handicapante …

Se servir de votre hypersensibilité comme une force

Il est grand temps d’écouter votre hypersensibilité.
On ne cesse de vous dire « tu es trop sensible » pendant que le monde insensible court à sa perte, en recherche d’une croissance infinie.
Nous avons tellement appris à nous couper de notre cœur pour performer que l’on en vient à maltraiter même les animaux que nous aimons le plus au monde.

Qui est vraiment d’accord pour forcer un cheval qui n’a pas envie à réaliser une performance.
Qui est vraiment d’accord d’utiliser des outils douloureux et des méthodes violentes pour y parvenir ?

Je crois qu’aujourd’hui est exactement le bon moment pour enfin laisser plus de place à votre hypersensibilité qu’aux attentes de la société.

Il suffit de s’écouter …

Ecouter son hypersensibilité est un nouveau paradigme très simple à mettre en place : il suffit d’agir comme vous l’auriez fait si personne ne vous regardez.

Attention, je ne veux bien sûr pas dire : agir au delà de toute morale !

Mais à chaque fois que vous avez un choix à faire, une décision à prendre, laissez de côté tout les arguments qui ressemblent à :
– Il faut que je le fasse parce que …
– Je dois le faire parce que …
– Si je le fais je vais être jugé comme … on se dira que je suis …
– Etc.

Transformez les « il faut » en « j’ai besoin »!

  • Il faut que j’aille voir mon cheval.
    > J’ai besoin d’aller voir mon cheval parce que c’est ce qui me permet de garder le moral.
  • Il faut que j’aille lui faire ses soins
    > J’ai besoin d’aller soigner mon cheval parce que si je ne le fais pas, il ne sera pas bien. Et le voir perdre la forme me déprime.
Certains « il faut » vous deviendront vite insupportables …
  • Il faut que je cravache parce que ce cheval est fainéant
    > J’ai besoin de cravacher parce que le plaisir que je prend a galoper est trop grand pour prendre en compte les douleurs de mon cheval ?
  • Il faut que je serre plus la muserolle selon ma monitrice
    > J’ai besoin de serrer davantage la muserolle parce que je partage l’avis de ma monitrice qu’il est nécessaire d’empêcher mon cheval d’exprimer ses défenses contre le mors ?

Est ce que j’exagère ? Un tout petit peu seulement.

Si vous n’êtes pas ok avec ce que l’on vous demande de faire, ce n’est pas parce que vous êtes trop sensible. Mais c’est certainement parce que vos besoins ne sont pas comblés.

Quand on vous dit « il faut », écoutez votre cœur qui vous dit « j’ai besoin »
  • Il faut que tu lui montre qui est le chef, qu’il te respecte
    > J’ai besoin de temps pour apprendre à le connaitre et pouvoir l’écouter comme j’aimerai que l’on m’écoute, le respecter comme j’aimerai que l’on me respecte.
  • Il faut que tu lui rentres dedans pour qu’il avance, il se traîne.
    > Je me traine aussi ce soir, parce que je suis fatiguée de ma journée. J’ai besoin de calme et de repos. Je préfère aller passer une heure à le faire brouter en le brossant sur la pelouse. Et je verrai la semaine prochaine si je suis motivée pour revenir dans la reprise.
  • Il faut oser le toucher, tu vas pas lui faire mal, prends du contact !
    > J’ai besoin de comprendre ce que je fais, l’impact de mes actions, le fonctionnement du matériel. Pour être sûre de ne pas risquer blessé mon cheval …

Si votre besoin ne peut-être entendu, si l’on vous refuse l’écoute, le temps ou les explications dont vous avez besoin : alors changez d’écurie et d’accompagnant !

Si vos besoins sont entendus et que l’on vous permet d’être à l’écoute de votre sensibilité, alors félicitez vous ! Vous avez osé vivre pleinement qui vous êtes.
Et sans vous en rendre compte, je suis sûre que vous avez servi d’exemple, de modèle à quelqu’un. Probablement quelqu’un qui n’ose pas être pleinement lui-même. Mais qui repensera à vous, le jour où il écoutera enfin ses propres besoins.

Votre hypersensibilité sait quelle est la relation dont vous avez vraiment envie avec les chevaux.

Pour revenir à mon histoire de PTV/Mountain trail : je suis vraiment contente que le chantier avance, je suis enjouée d’organiser cette journée d’ouverture, j’ai hâte de pouvoir passer du temps à me challenger sur les différents dispositifs avec mes chevaux.
Mais tout cela n’aurait aucune valeur sans la relation que j’ai construit avec mes chevaux.
Je veux bien passer des années sans équitation, mais je suis incapable de passer une journée sans penser à eux. Même partir en weekend est un effort parce que je ne me sens bien que près d’eux …
Et chaque jour, où je vois grandir Izïa au milieu du troupeau me confirme que c’est ce qui comble le plus mon cœur !

C’est MA relation de rêve avec les chevaux !
Ce n’est aucunement « la relation qu’il faut ».

Chacun est libre de ses rêves et de sa vision du bonheur.
Votre hypersensibilité est l’expression de ce que veux votre cœur : et il a besoin de le dire fort.
Ecoutez le quand vous êtes avec les chevaux. Parce que personne ne sait mieux que lui ce que vous avez envie et besoin de vivre.
Aucun cavalier, même professionnel, ne sait mieux que vous la relation dont vous rêvez avec les chevaux.

Et les chevaux, eux, sont en lien direct avec votre cœur …

A bientôt,
Sarah

5 réflexions au sujet de « Votre hypersensibilité est une force »

  1. Bien d’accord avec l’ensemble. Juste…. pourquoi parler « d’hypersensibilité »… Ce serait plutôt de l’humanité à mon sens. (Hors trouble de la personnalité ou autre pathologie.) La performance sans relation apaisée …ce n’est qu’une illusion épuisante .. Les exemples cités de maltraitance ordinaire des chevaux et cavaliers en club sont tristement toujours d’actualité. De moins en moins je l’espère. Et oui…dans de tels cas, fuir. Pour ma part, 1 écurie sur la dizaine fréquentées avant de m’installer rencontrait les critères humains et équins adéquats . Bref …très en accord avec les derniers paragraphes aussi. Leur présence auprès de moi est devenue aussi essentielle que l’oxygène dans l’air que je respire. Et si j’apprécie la « performance » (toute petite), rien de plus cher à mon cœur que les voir évoluer en paix. Et bravo pour l’ouverture du parcours !

    1. Voici la définition d’hypersensibilité selon Wikipedia : « L’hypersensibilité, en psychologie, est une sensibilité plus haute que la moyenne, provisoirement ou durablement, pouvant être vécue avec difficulté par la personne concernée elle-même ou perçue comme « exagérée », voire « extrême », par son entourage »
      Elle concernerait 10 à 35% de la population.
      Et c’est particulièrement à cette part que j’adresse cet article, même si bien sûr, tout les humains dotés d’humanité peuvent s’y reconnaître 😉

      1. Étant psychologue, je ne m’arrête pas à Wikipédia et maintiens mon questionnement à ce sujet. C’est un concept qui ne fait pas consensus et masque souvent un trouble dépressif et/ou une personnalité pathologique. Si on parle d’une réelle « hyper »sensibilité, qui n’existe pas dans les sémiologies classiques, pas plus que dans le DSM. Pas du tout une force donc mais bien des souffrances énormes qui doivent être soignées et non entretenues. Voir les travaux de Stéphanie Aubertin. Entre autres.

  2. Merci encore une fois pour cet article, où je me retrouve dès que je fixe des objectifs de travail et que je vais y travailler plusieurs jours par semaine sur plusieurs semaines je perd l’envie et je déprime si je n’y arrive pas alors il me suffit de faire une pause et faire ce que j’aime juste être avec mes chevaux à les regarder et les gratter

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