Non, les chevaux ne valident pas l’équitation

Je l’ai entendu de la bouche d’écuyers, et il y a quelques jours, je l’ai (encore) lu dans un commentaire sur les réseaux sociaux (avant de me faire pirater …) : « si les chevaux n’avaient pas envie d’être monté ils le diraient. C’est pas compliqué de nous mettre par terre pour nous dire stop. Donc s’ils sautent des montagnes ou dressent sur des airs contre nature, c’est parce qu’ils le veulent bien ! »

Souvent utiliser pour défendre l’indéfendable, cette argument de « si mon cheval n’était pas d’accord, il ne le ferait pas » est pour moi la plus flagrante démonstration du manque de compréhension et d’amour des chevaux !

La belle équitation commence quand on arrête de se mentir à soi-même …

La violence ordinaire

  • Une jument qui défonce la porte de son box en tapant dedans ou en la mordant = clôture électrique partout au-dessus et sur la porte ! La jument qui trouvait ses 9m² trop petit, n’a même plus la possibilité de regarder dehors …
  • Cheval qui part en saut de mouton dès qu’il a un cavalier sur le dos = coups de cravache, mors plus dur, séance jusqu’à l’épuisement, etc. Pourtant, une visite du dentiste et des produits calmants pour les démangeaisons de la peau ont suffit à rendre le cheval doux comme un agneau …
  • Jument qui défonce les barres d’échographie ou qui explose tout quand sort la tondeuse = sédation. Etre fouillée d’une main dans l’anus ou perdre sa meilleure protection thermique est pourtant une bonne raison de dire non, il me semble …
  • Cheval qui se défend contre une main trop dure ou trop instable = nose band, enrênement, et mors dur …
  • Refus ou dérobade ) l’obstacle = coup d’éperons, coup de cravache, tant que ça ne passe pas …
  • Cheval de spectacle qui ne se couche pas assez vite = entraves.
  • Et puisque je parle d’entraves, n’oublions pas les juments saillies en main avec entraves et tord-nez …
  • On voit même des chevaux se prendre des baffes ou des taquets sur le mors parce qu’ils chassent une mouche ou frotte leur tête sur leur antérieur !

Je n’invente rien, tout ça, je l’ai vu ! Et ce n’est qu’une infime partie de ce que j’ai pu voir. Tout ces chevaux ont essayé de dire non : ils n’ont pas été écoutés ! Bien au contraire !

Et les plus récalcitrants, ce qui continuent de dire non malgré la violence ?
En 2016, 13 000 chevaux était transformés en steak : la moitié sont des chevaux de courses.
Et l’autre moitié ?
Combien sont des chevaux qui ont juste choisis de dire « non » trop fort ?

Tout le monde n’est pas violent …

Heureusement que nous ne sommes pas tous des brutes sans cœur, et que nous avons tous un jour la possibilité de nous remettre en question.
Mais ne soyons pas hypocrites, nous avons tous, au moins une fois, grogné ou mis une claque à notre cheval parce que ce jour là, il n’était pas d’accord …

Cependant, au-delà de ça, même les méthodes « douces » tentent d’obtenir un « oui », d’un cheval qui dit « non ». ( En étant plus ou moins respectueux de son état psychologique et émotionnel …)

Pour parler de mon propre point de vue, c’est d’ailleurs ce qui me fait le plus vibrer de voir un cheval dire un grand oui alors qu’il arrivait avec un immense non !

Alors j’essaie de le faire bien, je m’attache à ce que ma technique de persuasion ait du sens pour le cheval. Parce que je pense que nos chevaux domestiques ont besoin de l’équitation ! Je pense qu’un cheval n’est pas heureux à ne rien faire dans un champ : parce qu’il a besoin de stimulation physique et intellectuelle.

Mais si demain, les chevaux ont la possibilité de vivre en troupeaux familiaux dans 300 hectares avec des ressources rares et des prédateurs (une vraie vie de cheval stimulante …), je doute qu’il soient motivés par l’équitation, même la plus belle des équitations !

Assumons la réalité et arrêtons de nous mentir !

Ce mensonge (« s’il n’était pas d’accord, il ne le ferait pas ») est un des plus grand de l’équitation. Et il doit nous servir à tous d’exemple pour interroger nos réactions quand nos chevaux disent non.
Mais aussi regarder où l’on se ment …
« mon cheval a peur de cet endroit, mon cheval ne galope pas, mon cheval ne saute pas, mon cheval est dangereux … »
C’est la réalité ou c’est moi sur son dos qui donne ce résultat ? …

Pratiquer l’équitation en respectant nos chevaux, ça commence par arrêter de lui prêter une volonté ou des sentiments quand tout son corps crie le contraire !

Pratiquer l’équitation en respectant nos chevaux, c’est se remettre en question dans chaque action, dans chaque demande avec objectivité (même quand ça fait mal aux fesses !)

Alors j’invite sincèrement tout le monde à se faire accompagner dans sa pratique, pour avoir un regard extérieur objectif. Et pas forcément par les meilleurs pros, mais à coups sûrs par ceux qui ont l’habitude de se remettre en question …

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